La conférence Énergie de Beauvechain du 16 septembre 2024 réunissait principalement Régis François, président de l’ASBL BeProsumer, association de défense des propriétaires particuliers de panneaux photovoltaïques en Wallonie, et Nicolas Favresse, directeur d’ORES pour le Brabant wallon. Plusieurs échanges ont également impliqué Koen Bosmans, présenté comme entrepreneur éco-innovant, actif notamment dans des projets liés à l’autoconsommation et à l’intégration énergétique.
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La conférence a mis en lumière les tensions croissantes entre la transition énergétique, les capacités réelles du réseau électrique et les attentes des propriétaires de panneaux photovoltaïques.
Régis François a rappelé que BeProsumer défend exclusivement les particuliers équipés de panneaux photovoltaïques en Wallonie. Forte de 32.800 membres, l’ASBL revendique son indépendance en refusant tout subside. Il a présenté les principaux dossiers suivis par l’association : le long contentieux sur les certificats verts, le recours de la ministre flamande Zuhal Demir contre la prolongation du compteur qui tourne à l’envers jusqu’en 2030, le déploiement accéléré des compteurs communicants, la faible rentabilité actuelle de la revente du surplus d’électricité, les décrochages d’onduleurs dus aux surtensions, l’intérêt croissant des batteries pour l’autoconsommation, ainsi que les enjeux liés aux futures méthodologies tarifaires et aux communautés d’énergie.
Son message central est clair : tant que le système du compteur qui tourne à l’envers subsiste, il reste souvent plus avantageux que la revente du surplus. Mais cette situation reste fragile, car elle dépend d’évolutions juridiques et politiques. Régis François a aussi insisté sur la nécessité de surveiller les décrochages d’onduleurs, d’indemniser les pertes subies par les prosumers et de développer des solutions intelligentes de stockage.
Nicolas Favresse a expliqué en détail les causes techniques des décrochages. L’augmentation rapide du nombre d’installations photovoltaïques provoque des surtensions sur un réseau basse tension qui n’a pas été conçu pour absorber autant de production décentralisée. Les onduleurs se mettent alors en sécurité lorsqu’un certain seuil de tension est dépassé. ORES estime que l’autoconsommation, notamment via la recharge de véhicules électriques en journée, peut contribuer à limiter ce phénomène.
Il a souligné que le réseau wallon subit une transformation brutale : entre 2022 et 2023, le nombre d’installations photovoltaïques est passé d’environ 180.000 à 287.000. ORES affirme devoir gérer plus de 11.000 plaintes liées au photovoltaïque, avec un horizon de traitement pouvant aller jusqu’à sept ans. Des investissements lourds sont prévus : rééquilibrage des phases, ajout de cabines, remplacement de câbles et déploiement accru de compteurs communicants, jugés indispensables pour diagnostiquer les problèmes en temps réel.
Les échanges avec le public ont révélé plusieurs frustrations. Des participants ont dénoncé le sous-investissement historique dans le réseau, la lenteur du traitement des plaintes, le caractère monopolistique d’ORES pour certains travaux et l’instabilité des règles pour les investisseurs dans le photovoltaïque. ORES a défendu son modèle, en rappelant qu’il s’agit d’une structure publique détenue par les communes et soumise à une régulation stricte de la CWaPE.
Plusieurs questions ont porté sur l’éventuel passage du réseau triphasé 230 V vers le 400 V. ORES a reconnu que le 400 V est plus performant, mais a jugé une conversion généralisée irréaliste à court terme en raison du coût colossal et des adaptations que cela imposerait aux installations existantes.
Le débat a aussi porté sur les compteurs communicants, les batteries collectives, les tarifs dynamiques et les risques de déséquilibre du réseau. Régis François a mis en garde contre les nouveaux mécanismes tarifaires, qui pourraient créer de nouveaux pics de consommation, notamment avec la recharge nocturne automatisée des véhicules électriques. Il a aussi alerté sur l’apparition possible de frais de déséquilibre sur les contrats de certains fournisseurs.
Enfin, la question de l’autonomie complète par rapport au réseau a été abordée. ORES considère cette perspective comme techniquement et économiquement peu réaliste dans le contexte belge, surtout en hiver. Nicolas Favresse a aussi défendu le principe de solidarité du réseau : une déconnexion massive des ménages les mieux équipés ferait peser davantage les coûts d’infrastructure sur les autres usagers.
En conclusion, la conférence a montré que la transition énergétique avance plus vite que l’adaptation du réseau. Les intervenants s’accordent sur plusieurs constats : l’autoconsommation va devenir centrale, les batteries et les compteurs communicants joueront un rôle croissant, mais la modernisation du réseau demandera du temps, des investissements majeurs et des choix politiques plus cohérents et plus stables.
Plus d’informations : Mitsch JF


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